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fanzine du quartier

En direct du monde, une lettre,
écrite pour les boites au lettres et ceux qui les ouvrent,
par une personne pour ceux et celles qui l’entourent:

Lettre d’anonyme à autre anonyme

Bonjour à vous, à toi,

  Toi, cet être humain que je ne connais pas et auquel j'ai pourtant envie de m'adresser aujourd'hui.

Tu ne me connais pas non plus du reste et c’est très bien comme ça, car l’important dans tout ça est que je puisse te parler avec le cœur, dans l’espoir de toucher le tien. C’est donc une bonne chose à mes yeux de ne pas partir sur cet échange avec des a priori de mon côté ou du tien.

Tout d’abord j’espère que tu est heureux/heureuse dans ta vie, pas juste sur le papier, pas seulement à travers le masque social que tu portes au quotidien mais au plus profond de toi.
Je t’invite vraiment à te poser cette question et à y répondre avec honnêteté envers toi-même. J’espère sincèrement que ta réponse à cette question sera un oui, le plus pur, joyeux et serein possible.

Cependant, je ne serais malheureusement pas étonnée si ce n’était pas le cas, s’il s’avérait que ta réponse est plus nuancée car c’est ce que je ressens personnellement.
J’ai beau essayer avec fougue, persévérance, patience et enthousiasme d’être heureuse dans la vie il y a toujours ce « petit » quelque chose qui vient noircir le tableau. Ce «petit » quelque chose c’est la tournure que prend le monde dans lequel on vit, en France comme ailleurs mais puisque nous somme ici penchons nous au moins sur la réalité que nous partageons dans ce pays.
Un pays si beau, de part une partie de son histoire mais aussi son terroir et ses paysages, sans même parler de sa langue ou de ses valeurs. Quoi que tout compte fait si, parlons de ses valeurs !

Liberté, Égalité, Fraternité, trois mots sublime et lourds de sens que je ne retrouve malheureusement plus dans la manière dont nous vivons ensemble.
Sommes nous libres quand on se retrouve étouffés par nos dettes, pour avoir voulu lancer une activité professionnelle ou par désir de simplement offrir un toit à notre famille ?
Ou pire encore, pour avoir voulu offrir un enterrement décent à un proche ou après avoir perdu son emploi, endetté pour être en mesure de payer nos simples dépenses courantes ?
Je ne pense pas qu’être dans une telle situation, littéralement obligé de se tuer au travail, dans un emploi potentiellement difficile, peu rémunéré et dans lequel on ne peut s’épanouir fasse de nous des citoyens libres.
Sommes nous égaux lorsque que nous n’avons pas tous le même accès à l’éducation, à la santé, à la culture ou à une alimentation de qualité ?
Comment ce fait-il que dans un pays prônant l’égalité de ses citoyens et possédant un miracle de progrès social tel que la Sécurité Social une partie de la population soit obligé de renoncer à se faire soigner par manque d’argent pour payer le reste à charge ou dû à l’absence de professionnels de santé accessibles près de chez eux ?

Sans parler de nos chances d’accès à l’éducation et plus particulièrement aux études supérieurs qui sont clairement fixées en partie dès la naissance selon la classe sociale de la famille dans laquelle nous sommes nés ou avons grandi.
On ne peut que constater que nous ne sommes pas égaux et nos dirigeants n’essayent même plus de nous garantir une certaine équité citoyenne.

Enfin, en ce qui concerne la notion de fraternité, c’est celle sur laquelle j’ai le moins de choses à redire, peut-être parce que c’est celle qui dépend le moins de nos gouvernements.
En effet j’ai bel et bien été témoin d’initiatives fraternelles et sororales entres certains humains de temps à autres, qu’ils se connaissent ou non mais j’aimerais tellement en voir plus ! Plutôt que de constater des écarts qui se creusent entre nous et une division grandissante.

J’aimerais que l’on soit plus fort que ça, que l’on soit plus malin que ça, que l’on se souvienne que notre espèce est faite pour s’épanouir en groupe, en faisant clan ou société.
Qu’on fasse plus attention les uns aux autres avec bienveillance et courage, car oui, je pense qu’il faut du courage pour s’ouvrir à autrui, un autrui que tu ne connais pas et qui, comme tout être humain aurait le potentiel de te faire souffrir mais aussi de t’apporter de l’amour.
Avoir le courage d’accepter que nous sommes tous vulnérables et incroyablement forts à la fois.
Nous sommes toi comme moi et tous les autres être humains sur cette terre, forts et vulnérables. Dès lors qu’on a accepté cette idée et qu’on s’ouvre ainsi au monde, entier et sincère, notre regard sur les autres et ce qui nous entoure ne peut que changer en bien !
Et c’est tout ce que je nous souhaite car nous avons besoin de faire le point sur qui nous sommes, les choix que nous faisons, la vie que nous menons dans le but de reprendre en mains nos existences et de nous laisser le droit de devenir la meilleure version de nous même sans avoir peur du regard des autres ou des fausses limites matériels ou mentales que nous nous fixons.
Et encore, quand je dis que je pense que nous en avons besoin je pèse mes mots car il s’agit pour moi d’une urgence vitale bien d’avantage qu’un besoin superficiel dont on pourrait éventuellement se passer.
Pour nous même, nos familles, nos amis et l’avenir de notre population nous devons nous réveiller de ce mauvais cauchemar et reprendre en mains notre destin commun!

Je sais que « notre société n’est pas la pire au monde », qu’il nous reste encore des droits, qu’elle porte encore le nom de « démocratie» et que « ça ne va pas si mal » mais s’il te plaît, regardes plus loin.
Au-delà de cette poudre au yeux.
Regarde comme la pauvreté augmente drastiquement en France en particulier ces dernières années, regarde comment nos citoyens les plus âgés se meurent pour certains de tristesse en maison de retraite ou isolées chez eux.
Regarde à quoi ressemble le monde pour les enfants qui sont rentrés en maternelle ou même en primaire durant cette crise sanitaire, ce monde qu’ils assimilent comme le leur de façon banale et compare ça aux souvenir que tu as de ton enfance.

Si tu y prête attention deux minutes, sans faire preuve de déni ou de mauvaise foi, tu ne peux que te rendre à l’évidence et constater que notre société commence sérieusement à virer de bord.
Doucement mais sûrement elle glisse vers une société totalitaire, déshumanisée, d’une teinte de néo-libéralisme qui peut clairement être qualifié d’extrême-droite (ni de droite, ni de gauche ? Effectivement, on en est loin).

Enfin bref, je ne souhaite pas m’étaler d’avantage sur la question, je pense que tu as compris l’idée.
D’autant qu’il existe tout aussi grave si ce n’est plus grave que les dérives sociétales que l’on vit actuellement au sein de pas mal de pays, c’est tout simplement le fait que la nature soit en train de violemment dépérir par notre faute.
C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup (et oui j’ose placer une référence à France Gall, pourquoi pas),
car la disparition de milliers d’espèces animales ou végétales implique aussi la déstabilisation d’écosystèmes entiers qui menace aussi la survie de notre espèce de façon directe.
Attention, loin de moi l’idée de vouloir faire du catastrophisme ou de faire passer un sentiment de culpabilité à qui que ce soit, tout ce que j’essaye de te dire, de vous dire, c’est qu’on a laisser faire pas mal de conneries et qu’il est clairement temps de se ressaisir !
Je n’ai pas envie de t’accabler, je veux simplement qu’on trouve le moyen de faire société ensemble, de façon saine et pérenne.

Notre fenêtre d’action possible n’est pas très longue mais existe toujours, il est encore temps de choisir de vivre différemment, de choisir de faire passer la vie en priorité, nos vies en priorité.
C’est aussi pour ça que je t’écris aujourd’hui, pour lancer un appel au secours à l’humain que tu es, s’il te plaît, fais entendre ta voix à ton tour, garde espoir, luttes pour ce qui te tient à cœur, indignes toi si cela te semble nécessaire,
dis aux gens que tu aimes que tu les aimes, ravives tes rêves oubliés ou abandonnés, ne te laisses pas dicter ta vie par des personnes qui ne se soucis pas vraiment de ton bien-être, oses écouter ton cœur et bats toi pour vivre dignement.

Car, comme toute forme de vie sur cette planète, tu le mérites ! Tout comme tu mérites d’être aimé, d’être heureux, d’être considéré alors, je t’en pris, n’en doutes jamais.

Sur ce je pense que je vais m’arrêter là, j’ai déjà exprimé pas mal de choses je crois. Je vais donc te remercier de m’avoir lu jusqu’au bout et te souhaiter une bonne journée/soirée/nuit.
Et surtout, prends soin de toi et de tes proches !

Au revoir


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